La volonté de contrôle.

D’où vient la volonté de contrôler les populations, d’imposer des dépistages, des vaccinations, des traçages, de modifier l’ADN des êtres vivants pour les rendre plus performants, de faire de l’ingérence dans d’autres pays sous prétexte de vouloir y faire la paix, de parsemer l’atmosphère de particules pour essayer de maîtriser les climats, de planter les arbres en ligne en croyant augmenter la productivité des forêts, d’envoyer des missionnaires religieux, culturels, sanitaires au devant des peuplades sous développées pour les sauver, de filtrer ce qu’il est bienséant de dire, de détruire les identités locales, de penser améliorer l’humain avec la technologie, de le rendre immortel… ?… et surtout qu’est-ce qui peut bien pousser les populations, non seulement à accepter tous ces niveaux de contrôle, mais à y adhérer, et encore plus à les appeler ?

Il est trop facile d’invoquer la malfaisance d’un groupe d’individus cyniques et l’ignorance ou la soumission des peuples comme seules explications. Cela existe certainement, mais il y a une racine plus profonde, plus fondamentale.

La peur.

La peur du vivant.

Cette peur ne concerne pas que les Etats ou les forces du pouvoir. Cette peur du vivant est rivée en la plupart de nous de façon très profonde.

Paradoxe incroyable ! Nous sommes des êtres vivants, biologiques ! Nous faisons partie de la nature. Le vivant est en nous et nous dépendons du vivant. De la même façon que tous les arbres et êtres vivants d’une forêt sont interreliés au point que l’on doive assimiler la forêt à un vaste organisme, nous sommes si interreliés à tout ce qui est vivant que l’on ne devrait pas dire : nous sommes en interaction avec le vivant, mais « nous sommes le vivant ».

Quelle incroyable curiosité de la vie ! L’être humain membre de la grande tribu des êtres vivants, organisme incroyablement complexe, issus des milliards d’années d’existence de cette planète, dont chaque cellule est un trésor d’ingénierie, dont le corps est une merveille d’organisation, d’adaptabilité constante, qui existe et grandit dans le flux de matière qui le traverse en permanence parce qu’il coexiste avec une foule de micro-organismes, que ces micro-organismes existent même au sein de nos cellules, que nous hébergeons en permanence bactéries et virus, eux-mêmes porteurs d’informations précieuses, d’ADN unique, capables de synthèses protéiques essentielles… notre corps tout entier qui est une communauté d’intelligences reliées, où la limite de ce qui est « nous » et « l’autre » n’est pas une ligne nette, où rien n’est frontière infranchissable… l’être humain donc, montagne de vie dans un océan de vie… a développé l’incroyable peur du vivant !!!

Si nous n’embrassons pas l’immensité de cette folie collective, si nous ne considérons pas la profondeur insondable de la souffrance qui est en arrière-plan, alors nous sommes foutus !

Si nous ne partons pas de là, alors nous allons continuer à flâner à la surface du problème en s’étonnant, naïfs, que rien de change.

Je fais partie de cette génération dont les parents (et même leurs parents avant eux) avait cru en 68 à la possibilité d’un monde meilleur, qui avaient mis leur engagement, leur intelligence, leur sincérité et aussi leur immaturité dans cette direction…

Je suis porté par ces élans de transformation du monde.

Je suis un anarchiste dans le sens premier du terme, un de ceux qui croient en la possibilité d’un « ordre sans pouvoir ». J’ai milité il y a longtemps dans des groupes libertaires…

… mais je suis également de ceux qui ont rencontré un jour, très tôt dans mon cas, le mur des limites de leurs fonctionnements personnels, des systèmes de protections dictatoriaux en arrière-plan de leur soit-disant magnifiques valeurs et conscience sociale. J’ai quitté tout mouvement militant pour m’atteler à une tâche plus impalpable et complexe : celle de comprendre et amadouer un tant soit peu mon bordel intérieur.

Je travaille sur moi depuis 25 ans, depuis mes 20 ans, âge auquel je suis tombé de mon piédestal de brillant élève-chercheur certain de la suprématie de son cerveau.

Je devrais dire que l’exploration de soi est mon métier… mais affirmer une expertise dans un champ aussi vaste serait de l’arrogance ! J’ai néanmoins appris deux choses dont je suis sûr durant ces années :

l’intelligence qui est en nous, dans notre corps, dans notre vivant, est immense, inépuisable, émerveillante et nous force à nous incliner dès que nous en captons des bribes.
Plus on se connait, plus on réalise la profondeur de la souffrance qui nous habite…. et plus on y plonge, plus on rencontre en fait la vie et l’émerveillement… mais pour autant il n’y a pas de clef finale, de libération totale… nous apprenons simplement à embrasser cela.
L’expérience de ces deux choses me fait prendre la parole comme une personne qui ne connaît pas d’autre chemin que de se mettre à l’écoute du vivant encore et encore, quelque soient les situations que nous rencontrons et les questions que nous nous posons… ce qui revient à se remettre à l’écoute de notre corps, espace de vie sauvage le plus proche de nous, celui au travers duquel nous percevons, éprouvons et pensons…

Je milite de tout mon être pour que nous nous réapproprions le sauvage. Le vivant est sauvage. Le sauvage fait peur. Autrefois on brûlait les sorcières, aujourd’hui on désinfecte à la javel, on se vaccine, on s’arrache les poils, on a peur des maladies qui sont dans l’humus, nous sommes perdus dans les bois… ! Nous participons tous par nos actes à cette dynamique de contrôle du vivant…

Nous y participons tous de manière encore beaucoup plus profonde.

Cela fait 25 ans que je suis en démarche pour me mettre à l’écoute de ce vivant, pour aller avec lui, pour chevaucher cette bête puissante… et bien… je suis obligé d’admettre que je ne fais que des incursions ponctuelles en lui, et que certainement je n’en connais que le parfum… que même si j’en connais les bénéfices, la réalité est que je suis bien obligé de constater toutes les stratégies à l’oeuvre en moi pour continuer à ne pas écouter, pour ne pas me laisser faire par ça, pour trouver des solutions avec mon mental, des portes de sortie !

Pour autant je crois que l’homo modernicus n’est pas fou !

S’il met tellement d’énergie à contrôler la vie qui est tellement plus vaste que lui, c’est qu’il y a une bonne raison… c’est qu’il y a dans nos inconscients, dans nos chairs des souffrances personnelles et collectives tellement intenses qu’il est compréhensible de vouloir les fuir.

Si l’on passe à côté de cette réalité, nous sommes foutus ! Complètement foutus !

Car c’est une bombe nucléaire est en nous, en chacun de nous. Nous ne pouvons pas la désamorcer par la technologie, c’est bien trop fort ! Absurde naïveté de l’homme, du transhumanisme prométhéen larvé dans l’inconscient collectif : en chacun de nous la vie a été violée de multiples fois dans l’histoire de l’humanité. En chacun de nous l’innocence de la vie bafouée hurle de rage, gronde d’indignation. Un monstre de colère tempête sous la surface et peut tout balayer d’un instant à l’autre. Les tsunamis et les montées des eaux sont en nous !

Un jour j’ai cessé de militer dans les groupes politiques. Au cours d’une réunion j’ai vu qu’aucune des personnes rassemblées autour de la table, moi compris, n’était à la hauteur de ses idéaux. Le temps a passé et je le pense de plus en plus.

Oui, pourtant, je pense qu’il est normal de veiller et de ne pas laisser faire ceux qui pourraient nuire à la collectivité à court terme, de barrer la route à ceux qui ont assez de pouvoir et d’hypnose en eux pour croire en la possibilité de réguler l’humanité et la planète par une forme ou une autre de technologie.

Oui ! Veillons !

Mais le véritable démon est ailleurs, il est en nous.

Mais ce démon n’est pas un démon : il n’est que du vivant blessé, tellement blessé qu’il pourrait tout détruire… comme un enfant violé, malmené, pas écouté, dans une colère sans fin.

Aujourd’hui nous réalisons combien l’équilibre écologique est fragile. Je crois que nous ne réalisons pas encore combien l’équilibre en nous l’est tout autant. Les burn-out sont de plus en plus nombreux… et c’est peut-être bon signe. La vie ne se laisse plus malmener. Elle se retire, comme un moteur qui se coupe en mode sécurité.

En devenant conscients de la violence qui est accumulée en nous, nous commençons à réaliser combien nous sommes tous, avec nos corps blessés, potentiellement des dangers les uns pour les autres… même si nous militons pour un mode meilleur ou adhérons à une philosophie non-violente !.. Nous réalisons combien l’humanité marche sur des œufs… une marche sensible qui dure depuis au moins des siècles et qui semble atteindre une sorte d’apogée !

Un jour, peut-être maintenant, il faudra bien s’arrêter, s’assoir à côté du lion que l’on a enfermé dans la cage, trouver un moyen de le sortir de là, cet animal furieux, et sans qu’il casse tout au passage. Il faudra peut-être danser un long moment à côté de l’enclos pour réapprendre à faire confiance au sauvage et laisser les barreaux se dissoudre…

Depuis mon expérience de personne qui ne sait rien faire d’autre que des petits pas dansés ou poétiques en direction de ce vivant contenu, j’invite tous ceux qui lisent ces lignes à prendre conscience que tous les problèmes de nos sociétés ne sont aucunement extérieurs à nous, et que si nous ne faisons pas individuellement nos petits pas internes pour lâcher progressivement la bride à ce monstre antédiluvien, alors toutes nos actions de pompiers pour dénoncer telle personnalité influente, déjouer telle stratégie commerciale infâme des trusts financiers ou contrer telle loi liberticide, ne seront que des actions sans pouvoir, des réactions sans fin, une participation répétée à un scénario basé sur la fuite de la souffrance qui dure depuis si longtemps.

Il n’y a rien d’ésotérique dans ce que je partage ici.

Je parle de bon sens systémique.

Nous sommes partie intégrante du système du vivant.

Notre cerveau génial n’est pas la pointe de l’évolution, il est une partie de ce système.

Nous sommes des navigateurs dont les radeaux sont dérisoires comparés à l’océan qui les porte. Notre pouvoir d’action, de véritable action, est réduit. Quand nous ramenons la conscience dedans, nous réalisons que le radeau fait partie de l’océan et nous pouvons commencer à retrouver une forme d’amitié avec les courants profonds, et de l’intérêt à aller avec ce qu’ils nous proposent… alors « nous » (c’est-à-dire nous et l’océan) devenons puissants… et paisibles.

Nous ne pouvons pas faire cela tant que nous nions la réalité traumatiques de nos inconscients… et sortir de cette négation, il faut se le répéter, ça prend du temps.

Beaucoup voient dans cette crise sanitaire la possibilité d’un « monde nouveau »… je le souhaite moi-même… mais je suis sûr que ça va prendre du temps. On ne sort pas du traumatisme du jour au lendemain, ce sont des petits pas… et pourtant je trouve que ce sont les pas les plus intéressants que nous puissions faire.

Ce courant existe, il grandit. De plus en plus de personnes sont « stoppés » dans la course à la réussite sociale, prennent le temps de se demander ce qui a du sens pour eux. D’autres se mettent à l’écoute de la Terre pour cultiver autrement, habiter autrement, vivre à plusieurs autrement.

Tout cela est si précieux, si fragile, si délicat… nous avons tous besoin de temps pour ralentir l’urgence, pour reprendre la mesure de cette montagne en nous que nous avons délaissé, pour réapprendre à écouter.

“La peur du Vivant”

Par Nicolas Bernard
Les Neuf Souffles

Auteur de « Le Corps au cœur de l’Homme », éditions le Souffle d’Or.

Co-auteur des « Cartes du Corps » et co-fondateur des « Neuf Souffles », avec sa femme, Anne Ena BERNARD comme lui dédiée à retrouver le lien à l’intelligence de vie en nous. Ils animent ensemble des stages visant à remettre au service de la vie nos modes compulsifs de fonctionnement, dont un en particulier intitulé « Le pouvoir transformateur du Phoenix »

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L'auteur :

Nicolas Bernard

Nicolas & Anne-Ena enseignent la danse libre depuis plus de 20 ans, au Pays Basque. Une thérapie et un dialogue avec son corps, pour se redécouvrir dans l’équilibre.

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